#e01212 | ME SOLTA

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En juin 2016, Elsa Kostic s’installe au Brésil pour trois mois. Finalement elle y restera six de plus afin d’infiltrer la complexité de cette société polarisée. Ne voulant pas se focaliser sur un groupe de personnes en particulier, elle choisit comme terrain d’exploration la rue, zone publique où l’intimité s’expose. Elle voyage de ville en ville, au gré de ses envies et s’abandonne à une forme d’errance quotidienne, laissant à son entourage le temps de l’adopter.

Les quatre premiers mois, munie d’une caméra compacte, elle est à l’affut d’un regard, d’un geste, d’une expression. La difficulté de photographier dans la rue la mène à une nouvelle pratique : capturer des images à la volée. Sa démarche de vidéaste est totalement dissociable de sa pratique photographique pour laquelle elle entreprend une longue réflexion préalable. Développée en réponse à une contrainte, cette pratique vidéo relève de la spontanéité et est étroitement liée à son ressenti au moment où elle filme. Ainsi, elle commence par capter des scènes éloignées, puis elle à se rapproche de plus en plus de ses sujets. Il en résulte des images volées de passants pris dans leur quotidien : ils mangent, se grattent, font du sport ou s’aiment. Elsa Kostic est alors tantôt dans le jeu, l’inconfort, parfois dans la paranoïa ou la fébrilité. Cette fébrilité qui saisit quand tout à coup la personne observée se rend compte qu’on enregistre son intimité. C’est un moment de basculement où celle qui regarde est regardée ; un déclic d’un instant qui inscrit une expression sur les visages. Intrépide, Elsa Kostic soutient ce regard.

Lorsqu’elle ne déambule pas dans les rues, elle s’installe dans les étages d’un immeuble, circulant dans les hauteurs, balayant l’horizon. Elsa Kostic devient un mirador. En hauteur, le sentiment de sécurité domine, alors que dans la rue la tension est bien plus importante, le temps pour filmer est plus limité. A travers sa caméra au zoom surpuissant, l’artiste flirte avec une forme de vidéosurveillance imaginaire. Tout le monde aurait pu être le témoin de ces scènes, et probablement sont-elles largement enregistrées par les caméras de surveillance, projetées sur des écrans que personne ne regarde. Pourtant la présence de cette artiste tenant la caméra est perçue comme beaucoup plus intrusive, voire agressive.

Elsa Kostic se plonge dans le Brésil et en interroge l’essence à travers ce projet vidéo. Les Brésiliens disent que saudade n’est pas un mot traduisible, qu’il est un ressenti. Elle dit elle même n’avoir compris le sens de ce mot qu’en quittant le pays, lorsque quotidiennement des signes de manque et de nostalgie apparaissaient. Deux ans après être rentrée, le Brésil ne l’a pas quittée. Me Solta est-elle une réminiscence de plus ou bien la substance même de son expérience ?

Marie Lamassa & Joris Thomas, Bruxelles, octobre 2018

SCHEMA

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