#A17C00 | LEFT-OVER

 

R0003725 copyCe jaune, c’est celui qui, à Madrid, recouvre les murs d’immeubles jouxtant des béances urbaines, jadis occupées par des bâtiments trop vétustes pour être conservés. C’est le jaune qui indique que le vide a soudain surgi au milieu de la ville. Que la vie y a peut-être été trop intense, occasionnant le vieillissement accéléré de l’immeuble. C’est aussi le jaune des murs d’un hammam de La Chapelle que Mateo Revillo affectionne tout particulièrement, et qui porte l’empreinte des carreaux de faïences qui ont été arrachés. Ce jaune, c’est celui de la vie qui a été évacuée, pour ne laisser temporairement visibles, que des traces de vie, des souvenirs ténus, des reliques indéchiffrables. 

C’est à Madrid que j’ai rencontré Mateo Revillo et à l’époque déjà, dans une cuisine bruyante, il m’avait parlé de Yonghseng Deng, de sa manie de sans cesse déplacer ses peintures à peine terminées.

Quatre ans après cette première rencontre, dans cet espace retranché au milieu d’un appartement habité, MateoRevillo et Yonghsen Deng nous offrent un lieu de silence et de recueillement, où une élégance tranquille se niche. Ils y ont trouvé un espace de repli, un lieu où ils peuvent faire escale. Tous deux se considèrent en exode : l’un a grandi en Chine avant de rejoindre l’Angleterre puis l’Allemagne ; l’autre a partagé ses vingt-cinq premières années entre l’Espagne, l’Angleterre et la France. 

Les peintures de Mateo Revillo, faites de plâtre et de ciment, se plient et se déploient en fonction des espaces qu’elles habitent. Lointain souvenir de son oncle qui fonda une association d’amateurs d’origamis en Espagne, ces pliages sont surtout une ruse, une technique de repli face au déplacement incessant, face à la perte d’espace induit par nos modes de vie urbains. Dans l’atelier de Yonghseng Deng à Berlin, les œuvres jonchent le sol, recouvrent les murs. Il passe plus de temps à les « arranger », à les disposer dans l’espace qu’à les créer. Il vit parmi elles, elles sont ses compagnes silencieuses. Là où Mateo Revillo crée un territoire, s’approprie des espaces, Yonghseng Deng cherche à y poser des jalons, jouant avec ses limites, le marquant de balises qui témoignent de son passage et permettent d’en saisir les marges.  Ici, un ensemble de petites peintures sur feuilles volantes révèlent des présences fantomatiques. Figures qui constituent les rudiments de notre culture visuelle, réduits à une apparence stylisée tant elles ont été répétées et reproduites. Posées sur la table, ces images semblent avoir été produites en un temps lointain et abandonnées par leur propriétaire. 

Dans les musées, ce que Mateo Revillo préfère, ce sont les salles archéologiques : non pas pour la beauté des objets qu’elles recèlent — ce qu’il concède aisément — mais parce que ceux-ci ont été volés. Aussi, dans ce cube qui a été comme usurpé à la vie quotidienne, ils recréent à quatre mains un reliquaire. Celui-ci rassemble des images fossilisées qui pointent vers une existence antérieure, et vers les espaces vides qu’elles libèrent.  

Manon Prigent, Novembre 2018

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